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Kim Jee-woon : retour aux sources ?

2023-12-06

Séoul au jour le jour

ⓒ YONHAP News
Le réalisateur, célèbre pour revisiter les genres, Kim Jee-woon, est de retour avec « Cobweb », un film dans le film en forme d'hommage au cinéaste culte Kim Ki-young et aux années de plomb de la Corée du Sud des années 1960-70. Ce faisant, le cinéaste revient non seulement sur l'histoire du cinéma local mais aussi sur sa propre trajectoire. 

En effet, Kim Jee-woon est passé des comédies ironiques qui marquaient la fin de la dictature locale aux films d'horreur avant de s'atteler à des blockbusters financés par des studios hollywoodiens. Le tout avec une certaine dose d'échecs qui a peut-être fait évoluer son cinéma et dont « Cobweb » pourrait être une synthèse.

 
* Le prodige
Nombreux se souviennent de l'acteur pas encore star Choi Min-sik dans « The Quiet Family » en 1998 produit par l'active Myung Film. Le côté ironique de ce quasi remake de l'Auberge Rouge française, mêlée au gothique de l'Addam's Family américaine, rafraîchissait les écrans locaux habituellement très pontifiants et moralistes comme des pierres tombales. 

Kim, dont une des sœurs aînées est actrice, est un cinéphile de la génération VHS très francophile, et ses projets de remake de films français ont été nombreux, de « Max et les ferrailleurs » de Claude Sautet au « Samourai » de Melville. C'est en s'inspirant de ce dernier qu'il tourne « A Bittersweet Life » avec Lee Byung-hun. Perçu, localement, comme une énième romance, le film est acclamé après sa projection sur la plage de Cannes comme un néo-noir qui emprunte autant à John Woo qu'à Melville. 

Le succès international est au rendez-vous et se redouble avec « The Foul King » qui marque l'incroyable performance de Song Kang-ho, encore un acteur de Kim qui devient une star à l'époque. « Deux Soeurs », est un exercice de style sur un conte traditionnel coréen qui sert surtout à notre réalisateur pour dessiner ses portraits sexy de femmes-enfants évidées nettement sous influence nippone. 

Fin des années 2000, Kim tient alors en réserve un film omnibus qui aura du mal à sortir en salle : « Doomsday Book ». Il signe là rien moins que le grand retour du film de zombie ainsi que la première apparition de la SF en Corée du Sud avant même que Bong Joon-ho ne tourne l'adaptation du « Transperceneige ». Malgré les déboires de « Doomsday Book », le réalisateur se lance alors dans un projet encore plus référencé : une sorte de démarquage du western spaghetti « Le Bon la Brute et le Truand » de Sergio Leone. Ce western mandchourien est le premier faux pas du cinéaste qui semble s'oublier comme un Bong joon-ho dans les rêves de cinéma de son adolescence. Mais les sirènes des producteurs sont difficiles à ignorer. 


* J'ai vu le Diable et Schwartzy
Coincé sur le remake du film de Sautet « Max et les ferailleurs », Kim Jee-woon revient à ses fondamentaux avec le film d'horreur « J'ai vu le Diable ». La violence y rappelle Park Chan-wook mais avec plus de cruauté, surtout envers les femmes. La folie mise en scène par Park est douce-amère, celle de Kim est abyssale. Cette fois, Kim célibataire endurcie, avec son air de psychopathe en puissance sous ses lunettes trop noires et sa casquette de base-ball, attire l'attention des studios hollywoodiens. 

Ce sera la star sur le retour Arnold Schwarzenegger qui lui propose le film d'action « Le Dernier Rempart » en 2013. L'échec est total. Mais le réalisateur rentre au pays avec la Warner Bros comme producteur. Ce sera le très ampoulé « The Age of the Shadows », avec un rôle en bois pour Song Kang-ho même si le sujet de la collaboration coréenne est un sujet chaud à l'époque. La réputation de Kim pour son équipe de décorateurs a dépassé la qualité des scénarios et les idées visuelles du cinéaste. Les lourds budgets et les grosses équipes ont probablement joué pour ralentir la créativité d'un Kim Jee-woon en perdition à la fin des années 2010. 


* Retour ou sur le retour ?
Kim Jee-woon rempile avec la Warner Bros hollywoodienne malgré le demi échec public de « The Age of The Shadows ». Ce sera l'adaptation du célèbre film d'animation « Jinroh : la Brigade des Loups ». La catastrophe était déjà dans l'air dès l'annonce du projet. Le manga et le film d'animation étaient déjà des oeuvres cultes dans le monde entier. Kim se frottait nettement à plus fort que lui. Le résultat fut sans surprise un échec presque total, autant critique que public. C'était à se demander comment l'auteur de films subtils comme « The Quiet Family », « The Fool King », « Doomsday Book » ou « J'ai vu le diable » était réduit à de lourdingues scènes d'action irréalistes à la manière du plus basique film de studio hollywoodien. Il est possible que l'échec financier ait fait réagir le cinéaste. L'industrie vous donne une seconde chance pour rentabiliser son investissement mais pas une troisième. 

Bref, il était temps d'un retour avant la retraite, et c'est donc « Cobweb », produit par la sud-coréenne Barunson comme un hommage à des cinéastes qui ont laissé leur peau mais aussi leur esprit dans la bataille du cinéma. Ainsi, il faudrait moins voir Kim Ki-young que Kim Jee-woon derrière le portrait du cinéaste lunatique interprété par Song Kang-ho. Et Kim ne savait pas si bien dire en évoquant la bataille du cinéma lorsqu'il a du faire face à un procès limitant la sortie du film qui se présentait comme son retour aux sources.

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